Le Mans Pop Festival 2021

NENIU

Neniu

L’univers de Neniu est en perpétuelle évolution, constamment en mouvement. Il fourmille d’images et de sons, de tout ce que l’âme de cet artiste protéiforme peut contenir de féerie, d’honnêteté et de rage. Dans son nouvel album, Neniu synthétise les années passées à composer et à créer des films d’animation, inextricables de sa musique, lui qui conçoit ces deux arts en apparence distincts comme évoluant « main dans la main». Ses chansons et ses clips sont peuplés de personnages joliment naïfs, feignant l’innocence, pour mieux lui permettre d’aborder les sujets qui l’habitent, qui le révoltent aussi parfois.

Déjà composée de trois précédents EPs et de deux albums publiés depuis 2020, l’œuvre singulière de Neniu forme donc un tout, une « petite cosmogonie », un cocon tissé dans les éléments électroniques, le field recording, les influences hyperpop ou rap, et une démarche pop.

« L’ordinateur a une place prépondérante dans ma pratique musicale, assure-t-il. C’est l’instrument infini. Et puisque la musique s’inscrit dans le temps, je suis passé du simple dessin à l’animation. » Il a tout appris, seul, grâce à Internet, et continue à maîtriser l’entièreté de son art, de la naissance des idées au mixage, de l’écriture de paroles honnêtes, qui rassurent, à la mise en ligne de ses productions.Neniu

Après une longue période à chérir les formats longs, Neniu s’est progressivement dirigé vers des clips plus courts qui, mis bout à bout, forment alors une sorte de mini-série, une narration découpée en actes sonores. La plateforme Tik Tok s’est donc logiquement faite l’écho de ses nouvelles créations. C’est là, dans l’immédiateté, que son morceau « Arbres Infinis » et les films qui l’accompagnent ont été visionnés des centaines de milliers de fois, qu’il a acquis une communauté fidèle suivant les pérégrinations de ses personnages. « Il y a par exemple cette fleur qui passe par bien des états, rencontre d’autres personnages, perd ses pétales…

C’est une figure simple qui véhicule un potentiel symbolique puissant. Il suffit d’un rond et de deux points pour qu’un humain reconnaisse un visage. C’est un imaginaire collectif, un langage commun qui peut surgir d’une forme de naïveté, de figures très identifiables. »

Sur « <3 », Neniu amorçait déjà sa chrysalide, laissant éclore son amour pour les contrastes, les sonorités parfois glitchées, tout en se référant à des artistes comme Flavien Berger ou Jacques pour leur langue déliée, où chaque syllabe se transforme en musique. Avec son nouvel album, le papillon s’apprête à prendre son envol. Le premier single « Terrain Vague» convoque ainsi les bandes dessinées de son enfance pour exprimer la difficulté à comprendre ses sentiments amoureux, et à les communiquer aux autres. Pour autant, dans « Pour que tu me regardes », le flamboyant sphinx n’hésite pas à déployer toutes sa palette (et un saxophone tonitruant) pour conquérir l’être aimé, au risque de se brûler les ailes. N’est-ce d’ailleurs pas notre seule issue ? « A priori » nous rappelle, dans une terrible explosion rock effrénée aux accents synthétiques, qu’aucun membre de la nuée n’échappe à la fatalité du destin : « on va tous finir brûlé·e·s comme des encens ». Dernière ligne droite avant l’imago, «Stratégie d’évitement » invite le rappeur SIMIA pour un vol en tandem qui ne contourne pourtant pas le problème de nos monstres intérieurs, entravant parfois nos processus de métamorphose.

Neniu

Dans ses films, qu’ils durent vingt minutes ou quelques secondes, dans les frimousses et les petites effigies, il est possible d’entrevoir les influences des démarches de Gorillaz ou de Mr Oizo, mais également celles de projets bien plus commerciaux et dénigrés tels que Crazy Frog ou René la Taupe. Surprenant ? Pas tant que ça : « J’ai toujours été attiré par le potentiel comique de ces personnages 3D qui chantaient des choses totalement décalées. Les mondes qui en découlent, chez moi, ont leurs propres règles, leurs propres logiques, prennent vie de façons tout à fait différentes. » Peut-être est-ce cette enfance bercée par la campagne, ponctuée de longs trajets scolaires, qui a éveillé en lui le désir de rêver, de façonner des écosystèmes qu’il a su sublimer en art. Ce qui transparaît surtout, c’est cette quête touchante de réconfort, cette recherche d’une musique qui soigne l’âme. Une musique précieuse, appelée à accompagner la métamorphose continue de notre monde, en lui apportant douceur et profondeur.

Suivez-nous en temps réel

#LMPF