evie

Evie c’est une voix rare, sans artifice, grave, qui nous souffle à l’oreille des mots troublants sur les failles de l’âme, une artiste singulière qui a tout d’un trésor caché dans le paysage musical français alors que son parcours intrigue dès la fin des années 2000 avec le duo trip hop Time Factory. Puis Evie se révèle en solo en 2011 avec «La route» son premier album suivi de «Sentimental Système D» (2013), tous les 2 mixés par Steve Prestage. «Balades électriques» (2017) mixé par Clive Martin ne fait que confirmer la naissance d’un joyau brut avec sa voix rauque, son regard fier et ses mélodies peuplées d’ultra modernes solitudes. On y danse sur un fil ténu entre pop et chanson française sans jamais laisser les rimes tourmentées obscurcir complètement le paysage. Evie c’est aussi sur scène une force de vie et une amazone, dont l’inséparable basse souligne le tempérament. Rares en tous cas sont les chanteuses dont la sincérité bouleverse autant. Et c’est encore le cas sur ce nouvel EP en forme de retour à ses premières amours électroniques. On pense en écoutant Evie au souffle mélancolique d’une Françoise Hardy qui aurait troqué les orchestrations de cordes pour d’envoûtantes programmations, des guitares radioheadiennes et des synthés lunaires. Composées entre Pigalle et le refuge familial en Bourgogne, ce disque arrangé par Fred Perriot et mixé par Fred Martin (Emilie Marsh, Robi) est un éclat de pop électronique en plein coeur qui bouleverse par l’intimité brûlante de ses mélodies. Il est question de Burn out sur Pigalle dans «Nuit Noire», de rupture aux allures de «Silence radio» ou d’amours contrariées sur le déchirant «Des vents contraires». Le parti pris est radical, les boîtes à rythmes se frottent au velours de la basse, pour habiller une âme mise à nue, une dark pop sans filtre précieuse comme une flamme tétue dans la bourrasque où la voix d’Evie comme ses mots nous rappellent à quel point nous sommes juste humains.
Christophe Crénel