valentin vander

L’univers de Valentin Vander est un véritable champ d’expérimentations entre introspection mélancolique et panache pop.
« So frenchy ! », pourraient instantanément s’exclamer les anglo-saxons, à l’écoute de ce deuxième album chatoyant. Mais le cahier des charges musical de Mon Étrangère s’avère plus complexe que cela…

L’auteur compositeur interprète, élevé dans une famille de musiciens, use d’armes de séduction massive tout au long de ce nouveau chapitre. Entre espièglerie, profondeur et constat éclairé sur les relations sentimentales qui lient les êtres, il insuffle une couleur mélodique qui capte dès la première écoute. On trouve alors, au gré des chansons qui jalonnent l’album, ce petit quelque chose d’unique dans sa personnalité joliment désabusée qui n’oublie jamais d’opter pour la dérision.

Ici, les émotions priment et semblent inédites, comme si la mélancolie avait embrassé une forme de légèreté. Quand Valentin Vander ne s’amuse pas dans ses spectacles humoristiques « Les Goguettes en trio (mais à quatre) », il creuse le sillon d’une chanson pop racée à l’élégance discrète. Cet opus l’atteste sur chacune des dix plages qui racontent les atermoiements de l’amour, subtilement éclairés du halo des enjeux de notre temps. La fidélité, l’exclusivité, le caractère aléatoire des désirs : il caresse à chaque mesure l’espoir de trouver une réponse.

Bien sûr, elle ne pointe jamais le bout de son nez. Alors Valentin Vander émet ses hypothèses avec douceur souvent, avec ironie parfois. Encore plus que sur son premier album, L’audace ou la timidité, paru en 2015, la palette du chanteur se teinte ici d’humour et d’une lucidité malicieuse, quand il évoque les rencontres qui marquent : « La femme de ma vie vient de passer devant moi / je ne lui ai pas dit / on ne dérange pas les gens pour ça »,peut-on entendre sur « La femme de ma vie », ritournelle douce-amère portée par des arrangements élégants d’une pop gracile.

Valentin Vander convoque aussi un groove qui confine au funk sur « Elle passe », où la basse sautillante slalome entre des claviers vintage et colorés.
Sur « Les vieux qui s’aiment encore », il touche en plein coeur. Il évoque le temps qui file inexorablement. Il triture ce sentiment obscur tapi en chacun de nous : celui qui sait en secret que tout finira. Sans néanmoins jamais céder au pathos ni au pessimisme, Valentin Vander dodeline autour de nos émotions les plus enfouies, et transforme ses mélodies crève coeurs en joie pure sur des chansons qui semblent avoir toujours existé, comme « Mon étrangère » et ses motifs de piano aux allures de classique.

Réalisé par Nicolas Gueguen, Mon Étrangère s’est fabriqué au studio 129H dans le quartier de Ménilmontant. Leur collaboration s’est faite sur plusieurs mois, privilégiant le temps long aux injonctions de spontanéité que nous assène sans cesse notre époque. A cet égard mais à bien d’autres également, Valentin Vander est un artiste hors-temps, qui se joue des codes de la chanson française traditionnelle en l’habillant de mille tissus pop et d’ornements électroniques. Au final, cette étrangère devient très vite familière. Et c’est bien ce que l’on espère d’un recueil de chansons.