ANGELE OSINSKI

Chanter, danser, jouer la comédie: quand à l’âge de trois ans on tombe en arrêt devant Singing in the rain, ces talents semblent à jamais indissociables. C’est donc avec des rêves de comédie musicale de haute volée que la petite Angèle Osinski commence le plus vite possible ces trois disciplines que sont la danse, la musique et le théâtre, avec la certitude que la rigueur et le travail mènent invariablement à la joie intense jaillissant sur les visages de Cyd Charisse et de Gene Kelly. Cet élan se heurtera d’abord à la discipline inhumaine de l’école russe de danse classique puis au monde impitoyable des concours d’entrée au Conservatoire et de celui des jeunes actrices de cinéma. Et c’est bien la Musique qui va triompher, pas celle des longues heures d’apprentissage du piano, non, mais celle qui a fait tourner la tête de l’enfant vers la télévision  en Technicolor, celle qui passe par la voix, celle qui chante. Et Angèle Osinski quitte cette fois les sentiers de l’apprentissage académique pour explorer le monde de la transmission orale à l’endroit où elle existe, le chant Tzigane avec des Tziganes, la bossa nova avec des Brésiliens, le Tango avec des Argentins, etc… Et puis le jazz bien sûr, pour pousser plus loin la liberté et le dévoilement de soi avec la pudeur que garantit la technique vocale indissociable de la discipline. Mais alors que peut-il manquer quand on chante presque tous les jours, quand le public est heureux et le fait savoir, quand on côtoie les meilleurs musiciens dans tous ces styles ? À l’évidence de pouvoir chanter des mélodies qui commencent à se bousculer pour exister hors de soi, de donner forme à une musique qui n’existe nulle part ailleurs encore que dans la tête d’une petite fille devenue grande et qui sait mieux que jamais que le chemin de la joie est celui qu’on trace soi-même. Car il faut voir en toile de fond de ces pratiques collectives la permanence d’un autre geste, solitaire, salutaire: l’écriture. Et quand l’amour des mots devient le point d’articulation de la musique, on écrit des chansons. Venue à la musique par la scène, c’est naturellement ici qu’elle commence à les livrer. Mais la scène est à la musique enregistrée ce que le théâtre est au cinéma: et on se rappelle que le rêve originel était cinématographique. Réaliser son rêve c’est donc graver la pellicule, c’est faire un disque, pour décider de fixer le geste exact, sa couleur sa matière. En découvrant l’album Élégie de la chanteuse et productrice Katel, Angèle Osinski a la conviction que c’est avec elle que sa musique prendra sa propre forme. Les deux femmes entrent dans le studio de Katel pour en ressortir quelques mois après avec des chansons aux mélodies et aux textes forts, qui mêlent une ossature rythmique très groove inspirée du hip-hop et des grilles sophistiquées très pop. Un univers qui se veut ambitieux et accessible, dansant et érudit, construit autour de la voix d’Angèle Osinski aux graves profonds et aux aigus déchirants. Éclosion, explosion, À l’évidence, tout est là aujourd’hui.