ALAIN GIBERT

« Méfiez-vous des discrets, ça ose tout ! Tandis qu’un énergumène tapageur va se rouler par terre sur scène en hurlant pour se faire entendre, le discret va ciseler de fines chansons au parfum subtilement entêtant, et, l’air de rien, imposer le respect sans vaines agitations. La pop, c’est tout un art, souvent un art de l’essentiel. Ça tient à peu de choses, encore faut-il oser le peu. »

C’est avec ces mots que Kent avait accueilli Alain Gibert sur la scène des Trois Baudets à Paris. Avec son deuxième album, Canyon Alibi (sorti au printemps 2018), il affirme avec brio un style qui écarte toute comparaison évidente avec d’autres artistes, même s’il convoque nombre des bienveillants fantômes de la chanson française et de la pop anglophone : métriques au cordeau, mélodies faciles à l’oreille en dépit de leur fréquente complexité, capacité rare à dresser un décor en quelques vers, à raconter des histoires purement imaginaires et cinématographiques ou plus personnelles.

Les titres Opération Topaze et Alibi en sont par exemple les brillantes démonstrations : il faut oser passer ainsi d’une cold pop francophone plutôt dans l’air du temps à un reggae  d’apparence un brin anachronique. La voix délicate et assurée mais dénuée de toute prétention, Alain Gibert sait qu’il n’a rien d’un Little Richard : son chant, ses paroles et sa musique témoignent plutôt d’une personnalité discrète mais secrètement étincelante, comme ces bougies qu’on laisse dans le coin d’une pièce sombre et la dotent d’une ambiance tamisée. Rien de bien étonnant lorsqu’on découvre parmi ses influences Etienne Daho, Alain Chamfort, Alain Souchon ou encore Brian Wilson, Nick Drake et Bob Dylan, d’autres artistes dont l’introversion servait à dissimuler les diamants bruts que recelait leur personnalité si singulière.