Léopoldine HH

Bio de Léopoldine HH par Jean Thooris : « Beau parcours que celui de Léopoldine HH. Fille d’artistes, bercée très jeune par la diversité musicale, prédestinée au chant (dans toute son étendue), multi-instrumentiste… Pourtant, malgré de nombreuses collaborations scéniques ainsi qu’un passage à la Nouvelle Star (dont elle n’en garde pas un bon souvenir), la Strasbourgeoise aura tardé avant d’enregistrer, puis proposer, ses propres chansons. Ainsi, en 2014, Le Mini Cédé de Léopoldine semblait provenir d’une galaxie lointaine. Difficile d’oublier notre première écoute : à la fois décontenancé et séduit, éberlué et songeur, il fallait impérativement en savoir plus. Car en trois titres, un univers s’imposait, une folie douce agrippait ; l’évident professionnalisme de cet EP admettait tous les délires, toutes les dérives. Accompagnée de Jeff Imbach à la basse et de son frère Yérri-Gaspar (aux percussions et… objets sonores), Léopoldine (au chant, mini clavier, à l’ukulélé) y reprenait des textes de Jacques Prévert (« Je suis née toute nue »), Florent Gouëlou (« L’Ourse ») et Gilles Granouillet (« Ces années… »). Loin de l’hommage ou de la simple interprétation, Léopoldine donnait l’impression de se raconter intimement avec les mots d’autrui. Comme si la découverte de ces textes avait coïncidé avec son propre vécu. Néanmoins, pas question de verser dans le traditionalisme ou la chanson française révérencieuse. Ces trois titres évoquaient Nina Hagen ou Catherine Ringer, un souffle punk habitait le chant et la musique de Léopoldine. Une forme d’irrévérence, voire de dadaïsme, qui s’incarnait pleinement sur scène. Jonglant avec les instruments, incandescente sous une rafale de confettis, dévergondée mais pudique, Léopoldine y confirmait l’énorme potentiel aperçu sur trois chansons. Ce soir-là (aux Trois Baudet à Paris), Léopoldine HH ne ressemblait à personne, elle imposait son propre monde. En 2016, Blumen im Topf (fleur en pot, en Allemand), très attendu premier album, accentue (puissance mille) les optiques du précédent EP. En treize titres (et une « chanson cache-cache »), Léopoldine s’accapare les mots de ses écrivains fétiches (Gwenaëlle Aubry, Gilles Granouillet toujours, Roland Topor, Olivier Cadiot) et propose… un OVNI, un disque furieusement inclassable mais pourtant limpide, attrayant, hypnotique même. Entourée des musiciens et comédiens etcomplices de longue date Maxime Kerzanet et Charly Marty, de l’ingé-son Flavien Van Landuyt (‘rencontre magique’ dit-elle), et des choeurs du… collège Diderot à Besançon sous la houlette de Lise Lartot, Léopoldine multiplie les instruments : piano, accordéon, clavier, mini-harpe, ukulélé (et une boite à meuh). La voix, de son côté, s’affirme comme l’une des plus complexes et vertigineuses du moment, jonglant ici entre Français, Allemand, Anglais et comptine alsacienne. Comédienne de nature (de nombreux spectacles de textes du répertoire ou sur Godard, Manset ou Sylvia Plath), jamais Léopoldine HH n’interprète les textes de son album. Pas plus qu’elle ne cherche à les tirer vers le souci de la performance. Elle s’y coule, elle les chante comme si elle extirpait une partie de son âme.Il s’agit de se trouver soi-même via les mots choisis. De la même façon, il est possible d’analyser Blumen im Topf comme un hommage à la littérature, comme un merci aux nombreux écrivains ayant jalonné l’existence de Léopoldine. Autoproduit avec les aides de la région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine, Blumen im Topf est d’ores et déjà le disque le plus atypique de l’année. Donc l’un des meilleurs. »