La Réjane

Sous le masque de La Réjane se cache la musicienne et compositrice Hélène Argo. Grande discrète, elle a choisi pour alias deux mots griffonnés dans un carnet d’enfance, retrouvé à l’âge adulte dans un grenier oublié. Un carnet aux pages remplies de débuts d’histoires, de portraits ébauchés, de fragments de poèmes et pensées, dont la redécouverte lui fait réaliser à quel point la langue française compte pour elle. Elle l’avait un peu oubliée, cette langue de l’enfance, s’exilant souvent vers d’autres rythmes, rimes et phrasés, plongeant avec délices dans les grammaires étrangères de l’anglais et du portugais.

​Pour ce premier EP en solo et en français, elle a puisé partout: dans le trésor du grenier, dans une culture éclectique faite de livres, d’images et de sons aimés, dans les notes prises tout le temps en observant le monde et les gens – leurs mystères et leurs tourments. Paroles et musiques ont surgi de concert, seule ou avec le concours du multi-instrumentiste Thomas Cœuriot (Voulzy, Biolay, Souchon, Saez…), qui signe la réalisation et les arrangements de l’EP et co-signe la composition de plusieurs titres.

Avec ce disque, La Réjane livre une pop française ouverte aux vents d’ailleurs – comme sur « Poussière », aux arrangements teintés d’Orient. D’un morceau à l’autre surgissent des réminiscences de Nick Drake et de Fiona Apple, des échos de Barbara, de Bashung.

D’une poésie énigmatique et directe, ses textes évoquent les liens qui nous unissent, les cordes que l’on se passe au cou, les chaînes et les amarres que l’on choisit d’attacher ou de briser. Est-il question d’elle ou de nous ? Dans sa voix nos vies s’animent en creux. Bande-son d’une échappée ou d’une poursuite, les mélodies et arrangements nous transportent tantôt dans un tourbillon d’embruns, tantôt aux tréfonds d’une forêt de cordes – ces cordes, encore, qui nous filent entre les doigts.